Le projet NIM
Au-delà de l'absence d'empathie, de compréhension des autres êtres, et même du sadisme des principaux responsables de ce drame, individus et institutions, ce sont la stupidité de la culture dominante, son incompétence, sa nuisibilité, qui se révèlent. C'est d'autant plus intéressant que ces responsables ont la prétention d'éclairer le monde de leur science. Et cela l'est encore davantage parce que cela s'est passé à l'université de Columbia, l'un des lieux où la Nouvelle Gauche alternative s'était affirmée.

mercredi 11 janvier
au cinéma
Le projet NIM
par James Marsh (lauréat d'un Oscar pour le documentaire Man on Wire),
d'après le livre The Chimp Who Would be Human, de Elisabeth Hess.
Après que l'on ait vu Nim cajolé par sa mère dans une cage sinistre d'un centre de recherches universitaires, le directeur du lieu – William Lemmon -, une brute qui travaille ses protégés au pistolet électrique *, enlève le bébé, comme il l'a déjà fait six fois avec les rejetons précédents. Et de commenter : "Pour les mères chimpanzés, leur bébé n'est qu'un objet".
* comme on le voit dans le film ici présenté en septembre : "La planète des singes : les origines"
Comme en ponctuation de l'histoire du chimpanzé Nim Chimpsky livré aux dispositions très inégales d'une succession d'humains, le film présente une galerie de portraits révélateurs. A trois personnages près, qui sont joués par des comédiens, nous suivons les protagonistes sur les photos et dans les fims d'époque. Ils sont montrés aujourd'hui en plans fixes, inquisiteurs, dévoilant leurs travers ou leurs qualités, leurs doutes, leur sensibilité - ou leur absence.
C'est Herbert Terrace qui a eu l'idée de cette expérience et l'a dirigée depuis son poste de professeur en psychologie et comportement de l'Université de Columbia. L'idée de partager un langage avec d'autres primates était intéressante. D'ailleurs, elle avait été initiée avec Washoe, une dame chimpanzé capturée déjà grande dans son milieu d'origine, qui avait appris le langage des signes et l'avait transmis à son fils adoptif. Cette fois, Herbert Terrace voulait tenter l'expérience avec un jeune, en plongée totale chez les humains. Mais la réalisation n'allait pas être à la hauteur de l'ambition. Suivant les amours débridés de Terrace et ses idées improvisées, Nim est d'abord placé chez des baba-cools complètement dépassés par l'évènement, puis brinqueballé de tous côtés, arraché à l'affection des uns puis des autres. Le plus souvent mal accompagné, déboussolé, Nim manifeste un certain ressentiment à coups de dents, que Terrace interprète comme un retour à "l'animalité". N'importe quel humain à tempérament aurait fait bien pire !
Mais Herbert Terrace n'a aucun recul sur son travail. Aujourd'hui encore, il refuse de voir les carences et les erreurs de son expérimentation. Et, bien entendu, son incompétence. En 1978, sans consulter personne, et surtout pas le couple d'éducateurs qui s'occupait bien de Nim, il considère tout à coup que son projet a échoué. Pourquoi ? Parce que Nim n'utilise pas tout le vocabulaire appris pour tenir des discours philosophiques. Chacun se prend à penser que les "progrès rapides" de Nim auraient été plus spectaculaires dans de meilleures conditions, s'il avait été mieux entouré, et qu'il aurait poursuivi sa progression si... Terrace balaye tout d'un revers. Trop tourné vers son nombril le chimpanzé ! C'est curieux ; c'est exactement l'une des réflexions qui vient à l'esprit du spectateur en observant l'absence d'empathie et voyant se déployer l'égocentrisme chez cet "éminent professeur" (d'après le synopsis). Quel dommage que personne n'ait songé à débrancher cette baudruche. Bien au contraire, le môsieur a fait une jolie carrière universitaire démontrant brillamment que la valeur et l'ouverture sur les autres et la vie n'étaient pas des critères pertinents dans cette institution.
En 1982, grâce aux judicieuses décisions du directeur d'études Terrace, à son intelligence sensible déficitaire et propice à l'instrumentalisation de Nim et de tous les humains de son entourage, grâce aussi à la lâcheté qui couronne tant de qualités, l'idée première du projet se mue en expérimentation de l'horreur. Entre en scène James Mahoney, sorte de docteur Mengelé avide d'expériences sur ces êtres si proches qu'ils communiquent de façon parfaitement compréhensible avec leurs tortionnaires. Hier comme aujourd'hui, le visage de Mahoney dit tout. Il impressionne, même, tant il apparaît malsain et faux.
Pourtant, James Mahoney, lui aussi, a fait une carrière que d'aucuns pourraient regarder comme une réussite, malgré les tortures infligées aux primates dans le laboratoire dont il était directeur. Encore un lieu sinistre lié à l'université ! Mahoney est resté de longues années directeur de ce Lemsit (Laboratory for Experimental Medicine & Surgery in Primates) où, obsédé par une politique du chiffre, il entassait des dizaines de prisonniers dans des cages à la Louis XI.
Bob Ingersoll offre un bien meilleur visage et les traits d'une personnalité forte et compétente. Retenez son nom. Bob était devenu le grand ami de Nim, et réciproquement, quand celui-ci avait été abandonné par Herbert Terrace (voir ci-dessous "Man’s best friend"). Quand James Mahoney et son Lemsit se sont emparés de Nim et de ses congénères, Bob s'est battu pour le sauver. L'Université n'a pas bougé. C'est Bob qui gênait et non le tortionnaire Mahoney travaillant sous le contrôle de l'université. C'est Mahoney qui était dans la normalité. Albert Terrace est resté coi, indifférent et soumis à l'ordre hiérarchique universitaire. Heureusement, la presse a bougé et un avocat, Harry Hermann, a entamé une procédure au nom de Nim, puisqu'il avait été élevé en humain et en avait, donc, les droits. Et cela a marché. La bureaucratie universitaire a libéré Nim pour éviter que le scandale ne grandisse encore.
Mais Nim n'était pas encore au bout de sa malheureuse odyssée chez des humains incapables de communiquer avec lui. Nim Chimpsky est mort très jeune, surtout pour un chimpanzé protégé des dangers de la forêt. Il est mort à 26 ans, en 2000, ce qui témoigne des stress et des mauvais traitements qu'il a subi.
James Marsh a réussi un film efficace, soutenu et stimulant qui met en lumière beaucoup plus que l'insuffisance de quelques personnes. Au-delà de l'absence d'empathie, de compréhension des autres êtres, et même du sadisme des principaux responsables de ce drame, individus et institutions, ce sont la stupidité de la culture dominante, son incompétence, sa nuisibilité, qui se révèlent. C'est d'autant plus intéressant que ces responsables ont la prétention d'éclairer le monde de leur science. Et cela l'est encore davantage parce que cela s'est passé à l'université de Columbia, l'un des lieux où la Nouvelle Gauche alternative s'était affirmée. Or, le principal caractère de ce mouvement, qui s'est développé en réaction au renforcement de l'exploitation et des destructions accompagnant la mondialisation du capitalisme, était la redécouverte de la culture première, la culture inspirée par le vivant, cette counter culture en tous points contraire à la "culture anti-nature" du système dominant. Mais tout le monde n'était pas au même stade d'évolution. C'était juste le début d'un processus de prise de conscience de tout ce qui a été enfoui par des siècles de conditionnement au pouvoir discrétionnaire des dominants.
Le cauchemar vécu par Nim est exemplaire de la fermeture de cette culture impérialiste qui n'est autre qu'une culture du refus de la nature (comme elle se définit elle-même), une culture de conquête, une culture de guerre, fondement de toutes les exploitations et toutes les destructions.
En France aussi, et aujourd'hui encore, il se passe des choses ignobles du côté des centres de recherche. Ainsi, le massacre de la population de Macaques de Tonkéan au Centre de Primatologie de l’université Louis Pasteur de Strasbourg en septembre 2008.
voir, sur le blog, le rappel fait en septembre :
A Strasbourg, les singes quittent le centre d'études sans remerciements et les pieds devant
autres sources :
http://krissnature.over-blog.com/article-22752826.html
http://www.evous.fr/strasbourg/Polemique-sur-l-euthanasie-de-14,2306.html
Chimpanzees In the News Again
Project NIM—a Screening
http://www.releasechimps.org/2011/05/#axzz1jFxIzsEM
Man’s best friend
This is a love story on top of a horror story.
First the love story. Bob Ingersoll fell at first sight for a chimpanzee named Nim.
Nim was riding in the back of a station wagon as it made its way up the driveway of the Institute for Primate Studies in Norman, Okla., in 1977. "I knew I could work with Nim," Ingersoll said during a recent interview. "We’d heard about Nim for a couple of years."
What the Boston native had heard about was a disastrous experiment dreamed up by behavioral psychologists at Columbia University to see if an ape could communicate with humans through sign language if raised like a human child in a regular family.
“Project Nim’’ chronicles Nim’s existence during and after the failed experiment.
Nim’s full name was Nim Chimpsky, a playful version of Noam Chomsky, the MIT professor who’s one of the fathers of modern linguistics.
"They had no idea what they were doing. They misinterpreted Nim’s aggression. He never bit me once," said Ingersoll, 57, who spent nine years with Nim over two different periods, about those involved in the experiment. "They thought they could train animals to think the way we do. Bats don’t think like humans because they’re bats. They process information like bats. You can’t domesticate wild animals. Attacks are going to happen eventually. It’s just our arrogance."
"Bob is a genuinely wonderful human being, and he emerges as the true hero of the story," said Simon Chinn, producer of the film. "He has a big personality and a very big heart. He is someone who takes on causes and fights very hard for them."
Ingersoll, a pot-smoking Deadhead with shoulder-length silver hair, now lives in San Francisco with his second wife, Belle. In the mid-’70s, while an undergraduate psychology major at the University of Oklahoma, also located in Norman, he got the chance to spend time at the IPS with a few of the 40-odd chimps there. He immediately displayed an easy bond with them. Over time, says Ingersoll, owner Bill Lemmon was impressed enough to give him a key to the cages. "My life was changed, but I didn’t know it."
Despite his life out West, Ingersoll is all Boston. He was born in the Chelsea Naval Hospital, lived in Roxbury as a kid, and hung out with his friends in Fields Corner. Then he banged around the world, from Turkey to Japan and North Carolina, as a military brat - his father was a career enlisted man in the Air Force. He and Belle stay with his godmother in Quincy whenever he’s in town, He lives and dies for the Red Sox (a base-ball team).
http://articles.boston.com/2011-07-15/lifestyle/29778324_1_project-nim-nim-chimpsky-bob-ingersoll
doc
http://www.projetprimatesfrance.org/index.php?option=com_content&view=article&id=74&Itemid=78&121fc98dd0c85fa74dc988e2f696be37=9a5509654ea84ea18b5fee47731f543c
voir aussi l'expérience mieux conduite avec KOKO le gorille
https://www.google.com/search?q=koko+gorilla&ie=utf-8&oe=utf-8&aq=t&rls=com.ubuntu:fr:unofficial&client=firefox-a
