---- Comme pour tous les autres aspects de la crise écologique et sociale planétaire, la sauvegarde de l'extraordinaire richesse biologique des forêts tropicales et de la stabilité des climats du globe, implique une totale refonte des politiques économiques, tant dans les pays du sud que, à fortiori, dans les pays très industrialisés.

alt

Dans la perspective d'un tel sursaut de l'intelligence, les peuples des forêts ont un très grand rôle à jouer. Désignés en Indonésie et en maints autres pays comme des "groupes arriérés" aux techniques "pauvres et intellectuellement rebutantes", les peuples des forêts sont, à l'inverse, les réserves d'un savoir irremplaçable. Parce qu'ils connaissent parfaitement les ensembles vivants les plus complexes, ils sont les plus capables d'exploiter leurs richesses tout en les préservant.

Cet article a été écrit au début des années 1990 à la demande de Survival International. D’après les dernières informations obtenues, il n’a malheureusement pas perdu l’essentiel de son actualité.

IGNORANT DES HOMMES ET DE L'ECONOMIE DE LA NATURE,

L'ECONOMISME REDUCTEUR

QUI AVANCE DISSIMULE

SOUS LE DOUBLE-LANGAGE DU "DEVELOPPEMENT"

DETRUIT L'ARCHITECTURE COMPLEXE DE LA VIE

ET LES SAVOIRS ACQUIS PAR L'HUMANITE.

----- Juste sous l'équateur, à une centaine de kilomètres de la côte ouest de Sumatra, s'allonge vers le sud l'archipel des Mentawaï. Siberut, la plus grande île - 4.480 km2 - est à peine plus grande que la moitié de la Corse. Séparée des îles de la Sonde depuis près de 500.000 ans, Siberut était encore il y a peu couverte d'une forêt très diversifiée constituée de nombreuses espèces dont beaucoup ne se trouvent nulle part ailleurs (60% des mammifères et plus de 15% des plantes). 24.000 hommes y habitent, dont 18.000 autochtones qui, jusqu'à l'arrivée des hommes de Djakarta, vivaient en parfaite harmonie avec leur écosystème et, cela, depuis des milliers d'années.

RECOLONISATION

----- Peu après la libération de la colonisation néerlandaise, dès le début des années cinquante, l'armée du gouvernement Sukarno fait irruption dans les villages. Les militaires se saisissent des gens, leur coupent les cheveux en leur disant qu'ils sont sales et arriérés. Comme tant d'autres, le nouvel état indonésien a poursuivi dans la voie tracée par le colonialisme européen. En rupture complète avec des décennies de résistance, le régime de Sukarno balaie, dès la fin des années cinquante, les droits des populations sur leurs propres terres. Avec la dictature du général Suharto, la spoliation deviendra totale. Dès 1967, les forêts des communautés autochtones commencent à être bradées aux spéculateurs javanais et étrangers.

Aux Mentawaï, depuis les premières incursions de l'armée indonésienne, les violences n'ont jamais cessé. Parfois aidés de missionnaires catholiques et évangélistes, les militaires ont forcé la plupart des indigènes à porter des vêtements occidentaux et à abandonner leur culture et leur religion. Ils ont brûlé presque toutes les Umas, qui sont les grandes maisons de réunion d'un clan (les habitations familiales sont dispersées), et ont déplacé la majeure partie des populations dans des "villages gouvernementaux" proches des côtes (1).

En 1980, le gouverneur indonésien de la partie sud de Siberut avait interdit les cérémonies religieuses, ordonné aux chamans de livrer leurs objets sacrés pour les brûler, interdit de porter le pagne, de se tatouer et de se parer de fleurs et de feuillages à la mode traditionnelle (d'où le surnom "d'hommes fleurs").

Constamment, les autochtones sont soumis à des pressions qui visent à les décourager d'élever des porcs et de cultiver leurs plantes vivrières auxquelles les occupants veulent substituer le riz. La situation sanitaire est maintenant devenue si grave que de très nombreux enfants sont morts durant ces dernières années.

En septembre 1991, des fonctionnaires indonésiens des "affaires sociales", escortés par des militaires, ont commandé à un clan vivant encore de façon traditionnelle - les Sakalio - d'abandonner leur forêt, leurs plantations, leurs habitations, toute leur vie, pour se déplacer en un lieu choisi par les autorités d'occupation. On leur précisa qu'ils devraient défricher cet emplacement pour y construire les baraquements réglementaires partout imposés par le régime de Djakarta. Répondant qu'ils n'avaient pas l'intention de bouger, ils furent menacés d'emprisonnement.

Pourquoi vouloir à tout prix faire partir le clan Sakalio de ses terres ancestrales ? Manifestement, pour que l'exploitation intensive de la forêt commencée dans leur secteur (la région de Sarareiket) puisse s'étendre (2).

LE PILLAGE POUR POLITIQUE ECONOMIQUE

----- A Siberut, les compagnies d'exploitation forestières sont arrivées dès le début des années 1970. Quatre entreprises se sont partagées toutes les régions côtières et celles dont l'accès est facilité par les rivières : PT Carl Pearson Pharmin Timber Corporation, PT Djaja Sumbar Indah, PT Cirebon Agung et une filiale du Djayanti Groupe (troisième exploitant du Sud-est asiatique) qui contrôle 25.000 km2 de forêts dans toutes l'Indonésie et cause de tels dégâts que même un ministre de la recherche et de la technologie, proche du général Suharto, s'en était offusqué en 1991.

A Siberut aussi, les compagnies de "logging" causent des dommages considérables.

A l'inverse du comportement mesuré des indigènes intégrés à leur écosystème, tous ceux qui spéculent sur la réalisation immédiate de ce qui n'est qu'une petite partie de la richesse de la forêt, déploient le maximum de moyens pour prélever le plus possible le plus vite possible. La très importante pluviosité de la région - 4.000 mm/an et plus - renforce encore la détermination des exploitants à aller vite: il n'est possible de couper, débiter et transporter les arbres que durant trois à cinq mois par an. C'est très court pour "rentabiliser les investissements" ! Aussi, les travaux sont-ils poursuivis de nuit comme de jour.

Très loin de développer des techniques et des méthodes qui épargneraient à l'écosystème des destructions inutiles (comme, par exemple, enlever et transporter les bois sélectionnés par air avec des dirigeables (3), les entrepreneurs n'ont recours qu'aux moyens les plus brutaux pour tailler dans la forêt et transporter les troncs. "L'exploitation forestière a été basée sur des méthodes inappropriées qui de plus, selon une étude officielle, n'auraient été respectées que par moins de 5% des exploitants" (Frédéric Durand, page 367). Rien d'étonnant, donc, à ce que la fameuse "coupe sélective" dont le gouvernement indonésien et les institutions internationales font publicité, massacre les écosystèmes et d'innombrables espèces animales et végétales, menaçant chaque jour davantage l'avenir de la vie complexe sur la planète.

COUPE SELECTIVE" ?     

Même avec des moyens beaucoup moins traumatisants pour l'écosystème que les bulldozers et autres engins lourds employés partout aujourd'hui, la coupe des grands arbres a toujours entraîné d'importantes destructions. Ainsi, les 70 m3 de bois qui constituent le plancher du Tropenmuseum ( l'ancien Koloniaal Instituut ) d'Amsterdam proviennent de 18 arbres d'une forêt malaise dont l'abattage causa de graves dommages à 40 autres grands arbres et à 200 plus petits. L'acheminement des troncs nécessita la destruction de 5 hectares de forêt au temps où le travail était fait à la main avec l'aide d'éléphants. Quelles destructions ont été causées par l'extraction mécanisée des milliers de m3 de bois tropicaux utilisés à la Grande Bibliothèque de France, sur les Champs Elysées relookés, dans les gares TGV d'Avignon, de Valence et d’Aix en Provence ? Pourquoi les bois durs d’ici ne sont-ils guère cultivés ?       

Selon des études rapportées par F. Durand (page 295), une "coupe sélective" portant sur 8% des arbres d'une forêt primaire des Mentawaï s'est traduite par la destruction de 54% de la forêt. Par ailleurs, l'association SOS Siberut estime que 65 arbres sont en moyenne détruits ou très endommagés pour 1 tronc exploité.

L'oeil du technocrate ne voit dans l'écosystème forestier qu'un fouillis inextricable et hostile, l'oeil du spéculateur n'y voit qu'un gisement à épuiser. L'un et l'autre voient séparément ce qui est indissociable: les arbres, le bois, les hommes, les autres animaux, les sols, l'eau, le climat...

Tout au contraire, les hommes qui habitent la forêt en savent l'unité, la complexité et la richesse. Ils la cultivent depuis la nuit des temps, plantant et associant des dizaines de plantes vivrières et celles qui produisent des remèdes, des bois, des nourritures dont le gibier est friand, etc... Mais, pas plus que de l'écologie, les technocrates qui usent de l'appellation mensongère de "développement", pour dissimuler le dogme de "la croissance" infinie du profit, et les exploitants n'ont cure des biens des populations, de ce qui constitue la "propriété" de ces gens. D'ailleurs, comme les colonisateurs de l’Australie, de l'Amérique et jusqu'à aujourd'hui en Amazonie, l'administration indonésienne n'appelle-t-elle pas la forêt des hommes-fleurs "le pays vide" ?!


L’ENGRENAGE DE LA DESTRUCTION

----- L'agression est monstrueuse. Le climat de serre créé par la forêt (24 à 27°°Celsius de la saison sèche à la saison des pluies, taux d'humidité maintenu autour de 95%) est bouleversé par l'ouverture du couvert: la température s'élève de 7 à 15° C, tuant tous les organismes adaptés à la stabilité des conditions climatiques. Les entrailles ouvertes au soleil et au vent, le grand organisme complexe qu'est la forêt tropicale s'affaiblit rapidement. La formidable machine thermique qui transpire et recycle 50 à 75% de l'eau de pluie, tout en évacuant la chaleur excédentaire dans l'atmosphère, se ralentit. Les périodes de sécheresse s'allongent. Déjà écrasés par les engins, la mince couche d'humus et les sols sont exposés à l'érosion intense.

Quand elles ne sont pas polluées par les déchets des scieries, les rivières se chargent de terre au point que les poissons et les crustacés sont décimés jusque dans les mangroves. Fruits d'une complexification étendue sur des millions d'années, les innombrables réseaux d'interrelations qui constituent l'écosystème de la forêt humide sont défaits et, bientôt, l'engrenage de la désertification prend le pas sur les dynamiques de la vie (4).

C'est cette violence qui, à Kalimantan (Bornéo), Sulawesi (Célébes) et à Sumatra, a créé les conditions favorables aux immenses incendies de ces dix dernières années : 32.000 km2 dévastés en 1982/83, 644 km2 en 1985, 659 km2 en 1987, sans doute 5.000 km2 en 1991, encore des milliers en 1994 et 50.000 km2 en 1997/98 (5). Précisons encore que ces incendies sont souvent allumés pour faire place nette aux plantations, en particulier celles de palmiers à huile.

----- A Siberut, comme partout ailleurs en Indonésie, au Brésil, en Afrique... les exploitants découpent de larges routes dans la chair de l'écosystème tropical. Ils nivellent des reliefs, détournent le lit de cours d'eau, laminent les jardins, les vergers et les biotopes exceptionnels sous les engins lourds pour accéder aux zones convoitées.

C'est cette violence qui, en tuant les tissus les plus denses et les plus productifs de la vie terrestre, tue les hommes aussi. Les aborigènes de Sumatra, communément appelés Kubus, vivaient encore, en 1970, dans une forêt s'étendant sur 12.000 km2. Djakarta en concéda une grande partie à des exploitants, puis implanta des "transmigrés" pour cultiver des hévéas et du riz (pour l'exportation). En moins de vingt ans de "politique de développement", les deux tiers de la forêt d'origine ont été détruits et les grands animaux ont disparu. Ce qui reste était devenu trop pauvre pour nourrir les Kubus. Il n'y avait même plus assez de produits de collecte (comme les rotins) à vendre pour pouvoir acheter du riz, lequel n'est pas une nourriture habituelle pour les Kubus. En 1979, le service des affaires sociales dénombrait 12.000 personnes. A la fin de l'année 1990, elles n'étaient plus que 2.642. En octobre et novembre 1990 seulement, 100 personnes sont mortes de misère et de faim. Depuis la forêt des Kubus a été ravagée par les grands incendies du développement. En sera-t-il de même pour les populations des Mentawaï ?

Aujourd'hui, à Siberut, même les deux "réserves de la biosphère" créées en 1981 par l'UNESCO ne sont pas épargnées (6). Elles sont entamées en plusieurs endroits et les projets des compagnies révèlent clairement que celles-ci n'accordent pas plus d'attention aux espaces "protégés" qu'aux autres (7).

"L'enfer est pavé de bonnes intentions"... Siberut est un bon exemple des effets pervers de la politique de protection de miettes de nature éparpillées. Répondant aux pressions d'organisations environnementalistes, le régime du général Suharto avait benoîtement proposé le classement de deux zones couvrant au total 900 km2 (moins de 25% de l'île). L'existence des "réserves" implique que le reste de l'espace n'est pas du tout "protégé", ce qui autorise les compagnies à s'y déchaîner.

----- Mais ni les spéculateurs ni les technocrates n'envisagent de laisser la moindre possibilité à l'un des écosystèmes les plus riches de la planète de se régénérer. Ils veulent planter des palmiers à huile partout où la biocénose a été charcutée à mort et même là où elle ne l'est pas encore : sur une superficie de 2.500 km2, soit plus de la moitié de l'île. Une monoculture à la place de la diversité et de l'originalité de l'une des forêts primaires les plus riches de la planète (8) ! Pourquoi cette planification mortifère ? Essentiellement pour produire du bio-carburant avec l'huile de palme.

Faut-il souligner que l'huile, à fortiori le bio-carburant - comme aujourd'hui le bois et beaucoup des produits de la forêt récoltés par les autochtones - seraient destinés à l'exportation et que celle-ci n'est contrôlée que par des intérêts totalement étrangers aux populations locales?

Ce projet de plantation de palmiers à huile est lié au programme de la "Transmigration", qui, en 1984, avait déjà déporté, depuis Java, Madura et Bali, plus de 3,6 millions de personnes sur les territoires d'autres peuples autochtones (9). Comme tant d'autres, celles-ci avaient été dépossédées de tout par les grands propriétaires profitant de l'industrialisation de l'agriculture imposée par les institutions internationales (Banque Mondiale et FAO en tête), toujours sous couverture de "développement" (10). 40.000 de ces déportés de la misère - soit environ 10.000 familles - seraient transplantés dans les Mentawaï pour être affectés aux travaux de défrichage et à la réalisation des plantations ; nouveaux esclaves à la merci de la dictature des technocrates et des spéculateurs (voir l'encadré).

TRANSMIGRATION ET METISSAGE FORCE
Un aspect éloquent du plan de la Transmigration pour les Mentawaï et de la mentalité du régime javanais a été révélé par un ancien inspecteur général dudit programme. Il s'agirait d'envoyer des hommes célibataires à Siberut "dans l'espoir qu'ils se mélangeront aux femmes autochtones". Pour le ministre des affaires sociales qui était l'initiateur de cette idée, c'était "une solution aux problèmes posés par les Mentawaï"...
La domination indonésienne a programmé la déportation de 65 millions de personnes en vingt ans sur l'ensemble des territoires qu'elle domine.

QUEL AVENIR ?

----- Selon une déclaration prononcée le 2 avril 1992 par le ministre des forêts, le général Suharto envisagerait la protection de 1.900 km2 à Siberut et aurait donné des instructions pour que trois des concessions cédées à des exploitants ne soient pas étendues. Par ailleurs, un collaborateur du ministre de la population et de l'environnement a répondu au World Rainforest Movement que "les plans de réalisation de plantations de palmiers à huile à Siberut ont été annulés". Pourtant, peu après, le ministre des forêts évoquait l'embauche des autochtones dans les plantations de palmiers. Sur le terrain, la situation n'a cessé de s'aggraver. Les policiers et les militaires indonésiens sont plus nombreux que jamais. La destruction de la forêt et la spoliation des populations s'accroissent et, avec elles, la misère, l'érosion, la pollution.

Sans un changement radical de la politique forestière, il n'y aura plus de forêts primaires -et plus de peuples autochtones libres- en Indonésie et en Papouasie occidentale d'ici dix ans. Déjà, d'après les observations du satellite français SPOT, les forêts de Sumatra auraient diminué d'un tiers entre 1982 et 1990.

Comme pour tous les autres aspects de la crise écologique et sociale planétaire, la sauvegarde de l'extraordinaire richesse biologique des forêts tropicales et de la stabilité des climats du globe, implique une totale refonte des politiques économiques, tant dans les pays du sud que, à fortiori, dans les pays très industrialisés. Dans la perspective d'un tel sursaut de l'intelligence, les peuples des forêts ont un très grand rôle à jouer. Désignés en Indonésie et en maints autres pays comme des "groupes arriérés" aux techniques "pauvres et intellectuellement rebutantes" (rapporté par Durand page 315), les peuples des forêts sont, à l'inverse, les réserves d'un savoir irremplaçable. Parce qu'ils connaissent parfaitement les ensembles vivants les plus complexes, ils sont les plus capables d'exploiter leurs richesses tout en les préservant (11).

C'est dans l'effort pour remplacer l'économisme réducteur qui domine aujourd'hui par une économie élargie jusqu'à se régler sur l'économie générale de la biosphère que les peuples autochtones sont précieux à l'ensemble de l'humanité.

Alain-Claude Galtié

Notes :

(1) La dictature d'hier projettait de déplacer et de sédentariser ainsi tous les peuples autochtones. La démocratie représentative instaurée depuis n'a pas d'autre objectif.

(2) C'est parce que les forêts côtières ont déjà été coupées que les Indonésiens veulent y déplacer les populations de l'intérieur. De la sorte, ils auront le champs libre partout ailleurs.

(3) Une méthode utilisée en Amérique du Nord et développée en Russie.

(4) Suivant les études, les forêts tropicales sont constituées par 70 à 90% des espèces vivantes.

(5) Et cette violence qui détruit la forêt, qui diminue donc la part de la chaleur solaire évacuée en haute atmosphère et affaiblit le courant aérien ouest-est au-dessus du Pacifique, quelle est sa responsabilité dans le déclenchement ou l'aggravation de l'inversion de la cellule de Walker qui crée le courant El Ninö ? Ne serait-elle pas cause, en retour, des perturbations du régime des alizés et des pluies ?

"Is El Niño a made-man phenomenon", ACG et Peter Bunyard, The Ecologist, mach/april 1999, et "Le projet de la vie et son anéantissement ou Le feu à la planète", ACG, L’Ecologiste n° 2 de décembre 2000.

(6) Cela semble une habitude dans les régions sous autorité indonésienne... Ainsi, en Papouasie Nouvelle Guinée occidentale, une filiale du groupe japonais Marubeni a dévasté 1.370 km2 de l'une des plus grandes mangroves du monde en empiétant sur une partie théoriquement protégée. Toujours à Bornéo, à partir de la fin des années 1960, le parc national de Kutai a été dépecé par les concessions forestières et pétrolières. Dans la province de Riau, des centaines d'hectares de la réserve de Guam Siak Kecil créée en 1983 sont détruits par une exploitation illégale facilitée par l'ouverture de routes pour l'exploration pétrolière. A Sumatra, le Kerinci Seblat National Park a été très endommagé, en particulier par l'exploitant forestier PT Duta Maju et la compagnie nationale de plantations PT Bukit Tahil Mas.

(7) Même ces autres hauts lieux de la biodiversité que sont les récifs coralliens n'échappent pas à la voracité des colonisateurs qui les dépècent pour approvisionner les chantiers portuaires et routiers.

(8) Dans toute l'Indonésie, des projets de monocultures d'arbres à croissance rapide menacent une superficie équivalente à celle de la moitié de la France. Outre la réduction drastique de la biodiversité et des conséquence sociales dramatiques pour les populations autochtones, la réalisation de ces projets entraînerait la dégradation des climats: "Les plantations étendues d'essences à croissance rapide - et l'Eucalyptus n'échappe pas à la règle - réduisent le rendement hydrique de la région" (Etude FAO rapportée par Durand, page 82).

Face aux dévastations commises pour développer les cultures d’exportation, la première idée qui vient à l’esprit est : boycott ! Pas si simple objectent nombre de ceux qui se penchent sur la question. Il faut aussi penser aux bons producteurs, disent-ils (mais leurs produits sont-ils bien étiquetés ?). Il n’empêche, une trop forte demande mondiale fait actuellement augmenter vertigineusement les étendues de forêts détruites pour être mises en culture. Par conséquent, quoi de mieux qu’une régulation des achats pour juguler le désastre ?

Voir les débats sur Internet en interrogeant : boycott soja, boycott huile de palme, etc.

(9) The Ecologist a publié un numéro spécial sur la Transmigration: "Banking on disaster", Vol.16 n° 2/3 1986.

(10) The Ecologist a également publié un numéro consacré à la FAO: "Promoting world hunger", Vol. 21 march/april 1991.

(11) D'ailleurs, une telle exploitation écologique est beaucoup plus "rentable" que ne le sont la coupe rase, la plantation, l'agriculture ou l'élevage à la brésilienne. D'après des estimations faites en Amazonie, le rendement de la récolte régulière des produits autres que le bois peut être deux à trois fois supérieur à celui des formes d'exploitation destructrices. Pour les forêts asiatiques, Jenne H. de Beer et Melanie J. McDermott ont publié "The economic value of non-timber forest products in southeast Asia", IUCN, Plantage Middenlaan 2B, 1018 DD Amsterdam (Pays-Bas)

BIBLIOGRAPHIE

"La sève de la colère. Forêts en péril : du constat aux résistances", PubliCETIM n° 18/19, 37 Quai Wilson, 1201 Genève.

"Les forêts tropicales" par Arnold Newman, Larousse.

"Les forêts en Asie du sud-est. Recul et exploitation" par Frédéric Durand, l'Harmattan 1994.

Pour s'informer :

DOWN TO EARTH

(the quarterly newsletter of the International Campaign for Ecological Justice in Indonesia). DTE is a project of the Asia-People's Environment Network.
Abonnements: DTE, PO Box 3618, London N6 5PP, Royaume Uni.

SETIAKAWAN

"A call for international solidarity on indonesian tropical forest issues".
A publication of SKEPHI, the NGO network for forest conservation in Indonesia.

Support Office: Nannostraat 19/III, 1061 EK Amsterdam,
tél. et fax: 19.31.20.6820404 (chèques à l'ordre de SKEPHI).

Pour agir :

S.O.S. SIBERUT


"A international campaign to save Siberut"
36 Matlock Court, 46 Kensington Park Road, London W11 3BS, Royaume Uni