Un petit bout de chemin alternatif, et puis... plus rien - introduction à La vie à reconstruire (17 chapitres)
introduction aux 17 chapitres de LA VIE A RECONSTRUIRE
Histoire du mouvement écologiste français - la nouvelle gauche alternative - et plongée dans les coulisses de la victoire du système destructeur de la vie
Dans les années soixante et soixante-dix, en dépit des antécédents, on espérait encore que l'épanouissement de la conscience puisse triompher des pires égarements. La libération de l’information, l’activation des alarmes, la confrontation des analyses et l'action concertée pouvaient décider de la correction de la trajectoire. Nous voulions y croire. Nous y croyions. Et les extensions inventives du mouvement nous confirmaient dans cette idée.

La Vie à reconstruire Introduction
Dès le début des années soixante a fleuri une conscience aiguë des conséquences catastrophiques de la civilisation dans laquelle étaient engagés la plupart des "Occidentaux", d'ailleurs à l'insu de la plupart d'entre eux qui allaient en être victimes. C'était à la mi-temps des "trente glorieuses". Des "glorieuses" catastrophiques pour la plupart et pour l'avenir car la prospérité d’une minorité ne provenait que d’un renforcement sans précédent de l’exploitation - de l'exploitation des hommes et de la nature (c'est le même phénomène). Alors, la domination se radicalisait en un totalitarisme économique aux ambitions planétaires et organisait ici même, au détriment de la majeure partie des populations et du pays, une économie de guerre pour soutenir son expansionnisme. C’était le premier choc planétaire de l’ultra-capitalisme désigné depuis par le terme équivoque de "mondialisation" - en langage clair : globalisation du capitalisme, intensification à outrance de toutes les formes d'exploitation.
Sous la violence de l'agression, la nuisibilité du productivisme et des technologies dures - celles, boulimiques d'énergies, de matières et de vies, qui cassent les sociétés et les écosystèmes - était devenue si évidente que la poursuite de leur expansion était devenue intolérable à beaucoup (les propagandistes ne disaient pas croissance à l'époque). C'était la révélation que, sous le couvert de l'optimisme martelé par la propagande, il se passait quelque chose d'extraordinairement pervers et dangereux qui était encore amplifié par l'explosion démographique. Toutes les observations concordaient : l'expansion et "l'élévation du niveau de vie", associées à l'idée de liberté avec le libéralisme détourné, avaient divorcé de la recherche du bien commun depuis longtemps et provoquaient une dégradation profonde et continue. Une décroissance prodigieuse de la Vie, du fruit de l'évolution, et du bien vivre s'étendait à toute la planète. Les vies les plus évoluées en étaient menacées et cela ne concernait pas seulement quelques espèces distinctes, mais des ensembles vivants complets, des écosystèmes avec tous leurs participants, hommes inclus.
Le plus stupéfiant était l'origine de l'agression. La catastrophe en progression donnait la mesure exacte de la nuisibilité de l'entité qui l'engendrait. Elle était le fait d'une partie de la vie elle-même, mieux encore : d'une toute petite partie prétendument consciente de son existence et savante. Oh, pas l'Homme ou les hommes ! Non… Juste quelques partis d’illuminés, les spéculateurs ayant rompu les relations essentielles avec le monde, en guerre contre tout le reste, y compris les autres hommes – "guerre économique", selon leurs propres termes. La Vie, le phénomène le plus inventif, le summum de l'organisation dans l'univers connu, avait produit une mutation nuisible pour elle-même. Au sein de notre espèce, dans ce que nous croyions être notre propre société, nous observions des fonctionnements de plus en plus aberrants ; la dynamique d'un système qui allait exactement à l’inverse du sens de la Vie et de la communauté sociale, puisqu'elle les détruisait. Le diagnostic fut d'autant plus rapide que beaucoup de victimes et d'observateurs avaient déjà fait le plus gros du travail d'analyse : la cause du désastre était et demeure la civilisation matérialiste censée "libérer l'Homme du travail et des contraintes de la Nature", assurer la paix et la prospérité, tout en exploitant à mort les autres hommes, les autres êtres et l'habitat commun. D'apparence sympathique, les objectifs déclarés apparaissaient clairement comme des leurres destinés à maquiller une escroquerie historique. Enfin, cela n'était pas clair pour tout le monde car, dans le champ syndical et politique, aucune parole critique n'était prononcée. Ceux qui prétendaient représenter l'intérêt commun ne respectaient pas leurs engagements. Au contraire, tous chantaient les hymnes au progrès et à "la croissance", les idoles inventées par les exploiteurs.
Traumatisés par la puissance de l'agression, nous étions nombreux à prendre d'autant plus conscience des différences fondamentales entre la culture sensible et ouverte sur la vie, qui est notre culture naturelle, la culture adaptée à notre environnement, et la culture du système qui promettait la désolation à toute la planète.
Depuis, il est de bon ton de se réclamer de grands auteurs, découvreurs, professeurs. La plupart d'entre nous ne connaissaient même pas leur existence, ou ne les avaient pas lus. Nous n'étions pas les enfants d'une élite intellectuelle, et encore moins de penseurs installés. C'est en nous que nous puisions l'essentiel. Car, ce qui nous distinguait et constituait notre chance, c'est de n'avoir pas, ou peu, été formatés par une éducation fermée, par un conditionnement – surtout un conditionnement à la soumission, par une idéologie. Nous n'avions pas été pollués par la propagande subliminale. Nous n'avions guère de réponses. Nous avions beaucoup de questions. S'il en avait été autrement, il n'y aurait pas eu d'alternatifs ! Bien sûr, nous avions capté l'information transmise par ceux qui nous avaient précédés. Mais de façon choisie. Dans le chaos des messages, nous étions guidés par la sensibilité, par l'émotion, par l'intelligence sensible et ouverte. Par le corps révolté devant les agressions commises sur la vie. Par ce que la vie exprimait en nous et autour de nous.
C'est bien cette sensibilité ouverte sur la vie que la machinerie de la propagande s'est ingéniée à encrasser et à refermer.
Nous avions encore des années et des années de travail devant nous pour nous débarrasser des restes de cette culture artificielle qui nous avait été inculquée à l'école, mais il était déjà parfaitement clair que les concepts et les pratiques mis en avant par le système dominant (liberté, démocratie, progrès, richesse, expansion, développement, compétence, responsabilité, etc.) étaient totalement faussés.

Alors, le seul spectacle des dégâts et des malheurs sans précédents provoqués par l'intensification et l'amplification de la prédation - par ce capitalisme en voie de libéralisation planétaire - suffisait à nous éclairer. En observant les dégradations locales, nous ressentions la progression des destructions planétaires. En écoutant les cris venus des forêts d'Amazonie, d'Afrique, de papouasie, nous entrevoyions le profil du nouveau totalitarisme. Pierre Fournier dénonçait la technostructure qu'il "soupçonne d'oeuvrer sournoisement à la mise en place d'un « totalitarisme », d'un nouveau « fascisme »" (Fournier précurseur de l'écologie, page 92). L'horreur de la révélation, donc le constat de l'égarement des structures dirigeantes et de leur culture, stimulait l'analyse du mensonge et de la folie des dominants flattant les aspirations au mieux vivre tout en développant la dépendance, la servitude et la dévastation. Ainsi est né le mouvement – déjà alternatif - au sein même du peuple : ouvriers, employés, paysans, artisans, étudiants, chômeurs, appelés du contingent, retraités, gens d'ici et d'ailleurs, toutes histoires confondues, industrialisés et peuples autochtones... donc parmi les victimes, et non pas parmi les oisifs et les nantis, ou une intelligentsia intégrée au système dominant, comme la désinformation le prétend aujourd'hui. Il s'agissait de révolution, pas de réformisme. J'étais moi-même employé au bas de la fameuse échelle hiérarchique, avec un salaire plus que modeste. Ce premier mouvement social de conscience holiste* et conviviale délivrait un message plus clair et plus complet que celui des lanceurs d'alerte isolés dont les travaux l'avaient inspiré, mais qui étaient restés dans le giron du système et n'avaient pu s'émanciper de sa culture dominatrice, tels Roger Heim et Jean Dorst (pour la France).
Je n'oublie pas l'immense contribution d'une Rachel Louise Carson (Printemps silencieux, 1962), ni Marcuse et les autres critiques de l'Ecole de Francfort (mais je ne les avais pas lus), ni même le décryptage du technocratisme, d'autant plus efficace qu'il était traité avec humour, par Jacques Rouxel avec ses Shadoks (1968). Mais, au contraire des clichés mal intentionnés qui mettent une personne seule en scène, et surtout quelques "intellectuels" estampillés par le système dominant (!), l'histoire du mouvement écologiste et de sa philosophie politique est, comme toute manifestation du vivant, une oeuvre collective de longue haleine. Rien que pour la période contemporaine, elle a d'abord été marquée par plusieurs mouvements qui, depuis le début des années soixante et même avant, nous avaient ouvert la voie. Provos, Situationnistes, Kabouters, Beatniks, Hippies, le 68 libertaire, les luttes contre les discriminations, la nouvelle émergence des révoltes autochtones (par exemple : l'American Indian Movement), etc. Les courants les plus originaux des sixties et des seventies - que l'on rassemble commodément sous l'appellation "nouvelle gauche" (1) - s'étaient soulevés contre l'intensification du capitalisme sous l'impulsion des familles de la spoliation, des technocraties nationales et des organismes internationaux de conquête créés à Bretton Wood en 1944 (Banque Mondiale, FMI, OCDE, et toute la kyrielle des institutions internationales de "développement"), sans omettre le fameux Plan Marshall et ses nombreuses succursales occultes. La Guerre du Vietnam semblait concentrer toutes les horreurs de ce système. On dénonçait la société de consommation copiée sur l'American Way of Life vanté par la propagande capitaliste, les faux besoins, l’aliénation, les gaspillages, les pollutions, les destructions, les ethnocides, le massacre généralisé, et les mythes qui les font prospérer. Et l'on proposait d’autres modes de vie, ou plutôt : contre l'assujettissement à l’avoir et la politique tombée d'en haut comme une pollution poisseuse sur la démocratie, des façons d’être créatives, sociales et plaisantes, et la restauration du politique impliquant chacun en coopération avec tous. Les courants alternatifs étaient l'expression d'une prise de conscience des limites personnelles, sociales et écologiques, que les fables du progrès et de la croissance avaient niées. Ils étaient inspirés par la culture écologiste qui, à la différence de la culture du matérialisme capitaliste, remonte à la nuit des temps. Nous étions loin d'exprimer clairement la philosophie politique qui nous était inspirée par la vie, par la connexion avec la Terre Mère, par le vivant, mais nous savions que le paradigme écologiste est fondamentalement différent - contraire, comme dans contre-culture - du paradigme du système destructeur des personnes, des sociétés et de la biosphère. Il s'agit d'une lecture du monde et de notre vie qui n'est pas polluée par les névroses et les stratégies de pouvoir, une lecture fondamentalement différente. Nous soulignions déjà l'importance de la reconnaissance de la diversité, de l'interdépendance et de la complémentarité ; par conséquent, de la faculté d'auto-création et d'auto-régulation, cela à tous les niveaux d'organisation, de la bactérie à la biosphère. Nous dénoncions, donc, la domination et toute capitalisation et hiérarchisation de pouvoir comme une agression contre la vie. En cela, nous exprimions une révolte et des projets comparables à ceux des indignés d'Espagne qui, en 2011, se réclament toujours de la contre-culture. Nous savions donc très bien dans quel sens nous voulions aller ; d'autant que, comme tout le monde, nous avions depuis longtemps beaucoup d'indicateurs du désastre planétaire sous le nez.
"On ne tombe pas amoureux d'un taux de croissance" est resté un des slogans les plus connus de 68.
Pour la partie technique, les avertissements des écologistes d'il y a une quarantaine d'années correspondent à ce que qu'osent dire enfin des chercheurs professionnels. C'est d'autant plus remarquable que les pressions n'ont cessé d'augmenter pour inféoder l'activité de ceux-ci à la finance et à l'industrie, pour la mettre au service exclusif "du marché". Mais, entre-temps, quel épouvantable gâchis ! Et quelle régression de la philosophie politique et des perspectives d'évolution. Car, par exemple, juste la complémentarité et l'interdépendance... Combien en parlent encore ? Combien les traduisent en pratiques et en projets politiques ?
Les démagogues du système que nous mettions en accusation nous ont accusé de "catastrophisme". Aujourd'hui, des arriérés manipulent encore ce rideau de fumée pour nous décrédibiliser et interdire la réflexion et la prise de conscience. Pourtant, les catastrophistes ne sont pas ceux qui alertaient hier, ceux qui mettaient en garde contre le système de la conquête capitaliste qui multiplie les destructions culturelles, sociales, écologiques. Les catastrophistes sont ceux qui ont réalisé la catastrophe partout et continuent de la planifier aujourd'hui. Les catastrophistes sont ceux qui se concentrent pour construire les pouvoirs, tous les pouvoirs, contre la démocratie qui est naturellement inspirée par le sens des interrelations.
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* Holisme et niveau d'organisation :
Le tout est supérieur à la somme des parties est souvent la seule explication donnée pour différencier les dynamiques holistiques du paradigme mécaniste imposé par la culture dominante, lequel prétend qu'une chose, une action, une compétence s'ajoute à l'autre de façon comptable, sans plus. Cette réduction permet d'effacer la capacité d'auto-organisation du vivant - l'autopoïèse - aux yeux des victimes du conditionnement, et de prétendre que rien ne peut fonctionner, voire exister, sans être piloté par une hiérarchie de pouvoir. C'est la base de toutes les manipulations.
Le monde, notre monde est beaucoup plus complexe, organisé et intelligent qu'on veut nous le faire croire. L'approche holistique reconnaît la complémentarité et l'interdépendance. Elle constate que l'action et la création de chacun stimulent celles des autres et qu'elles fusionnenent avec pour créer ensemble un mouvement et une construction d'un niveau d'organisation plus complexe (la seule somme des contributions ne peut l'expliquer). De façon coopérative et symbiotique, particules, molécules, bactéries, êtres complexes et systèmes socio-écologiques créent des formes supérieures d'organisation dont les capacités surpassent celles des êtres et des éléments qui les constituent. Un saut qualitatif a été franchi. En paraphrasant Henri Laborit : quand un nouveau niveau d'organisation est atteint, apparaît - émerge - une forme dotée de propriétés, de qualités, d'intelligences nouvelles que ne possédaient pas les éléments séparés de cet ensemble. Les exemples sont en nous et autour de nous : c'est la cellule par rapport aux bactéries qui l'ont formée, le corps par rapport aux organes, la culture par rapport aux savoirs – ou aux préjugés, les groupes sociaux et le peuple par rapport aux personnes, l'écosystème par rapport aux êtres qui le constituent, la biosphère par rapport à tous, etc. D'où la théorie des émergences formulée par Loyd Morgan : l'évolution procéderait par sauts de complexité croissante (de l'atome à la molécule, de la molécule à la bactérie, de la bactérie à la cellule, de la cellule à l'individu, de l'individu au groupe social, et ainsi de suite jusqu'à la biosphère).
Contrairement à une bien étrange confusion qui traîne dans quelques tentatives d'exégèses de la pensée écologiste, la complexification de niveau en niveau ne vide pas les niveaux constituants de leurs propriétés et capacités spécifiques. Ainsi, prétendre que la culture holiste, en tout cas celle des écologistes, implique que "les individus sont les produits passifs de la société" est justement le "produit" d'une idéologie mécaniste incapable de penser les nuances, les interrelations et les interdépendances du vivant, incapable d'imaginer seulement la réciprocité. Car, de même que le tout influence ses parties constitutives en leur assurant protection et bien être, celles-ci participent activement à la construction et au maintien du tout qui leur est favorable (sauf, justement, dans les sociétés détournées par différents processus de capitalisation-spoliation). Cette interprétation mécaniste qui a beaucoup encombré les premières années 1990 oppose approche systémique et culture holiste, laquelle est confondue avec un globalisme destructeur de diversité. Projetant ses propres démons dans la culture alternative qu'elle n'arrivait pas à déchiffrer, elle fantasmait le risque d'une dérive totalitaire au travers de ce globalisme incongru. Une dérive totalitaire de l'alternative au totalitarisme ! Mais cela n'était peut-être qu'une manipulation de plus pour décrédibiliser l'alternative écologiste car,c'est tout de même un peu troublant, cette critique infondée a surgi au moment où le mouvement, qui tendait à s'affirmer à nouveau, a été la cible des attaques des tenants de l'ordre mécaniste et capîtaliste (de Luc Ferry à l'Appel d'Heidelberg, en passant par le sinistre numéro d'Actuel "Ecolos Fachos").
La création holistique d'ensembles plus complexes - plus intelligents - se vérifie toujours en situation d'association vraie, d'entraide, de coopération. Mais le versant négatif est tout aussi réel. A partir du moment où les interrelations se dégradent, par exemple sous l'effet d'une prédation des pouvoirs de chacun, de l'amenuisement de sa liberté d'expression en relation avec celle des autres, c'est la dynamique inverse qui se développe. Comme pour notre corps, quand des cellules rompent avec l'ordre coopératif, avec la symbiose, pour s'opposer aux autres et coloniser. Alors, les dynamiques positives sont anéanties, leur production, même fixée de façon durable (écrit, art, architecture...), est menacée, détournée, disparaît. Tout ce qui était s'effondre et chacun s'en trouve d'autant plus réduit, de plus en plus réduit.
La première dynamique est celle de l'évolution. Elle a construit le vivant, la biosphère. Elle a fait des civilisations heureuses et créatives. La seconde, typique du processus capitaliste, résulte de la volonté de certains de prendre le pas sur les autres, de les spolier et de les refouler pour accaparer une production collective de plus en plus appauvrie par leur action - avec d'autant plus d'âpreté qu'elle se trouve plus appauvrie.
Inspiré par l'écologie, le mouvement alternatif proposait de développer la compréhension de la dynamique positive, et de la cultiver. Une menace intolérable pour toutes les hiérarchies de la domination, de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, et au-delà. Cela menaçait les fondements de leur escroquerie comptable à la démocratie. La totalité de leur système capitaliste de spoliation. C'est pourquoi tous les réduits d'esprit qui font leur sel avec la dynamique régressive se sont unis pour saboter le mouvement alternatif. Depuis, ignorante de tout ce qui s'est tramé contre elle, la société (surtout la société française) ne cesse de glisser plus profondément dans la régression.
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Cela vaut la peine, encore aujourd’hui et pour longtemps, que l'on s'attarde sur les profondeurs de la révélation de la nuisibilité de la civilisation contemporaine afin de mieux saisir les causes structurelles de la destruction de la biosphère et d'en déduire la marche à suivre pour stopper le délire.
Dans les années soixante et soixante-dix, en dépit des antécédents, on espérait encore que l'épanouissement de la conscience puisse triompher des pires égarements. La libération de l’information, l’activation des alarmes, la confrontation des analyses et l'action concertée pouvaient décider de la correction de la trajectoire. Nous voulions y croire. Nous y croyions. Et les extensions inventives du mouvement nous confirmaient dans cette idée. Une volonté levait et se répandait, stimulée par une empathie croissante pour les autres et la vie. Les gens se rencontraient, débattaient librement, se nourrissaient des informations de l’autre, avaient des idées ensemble qui en stimulaient d’autres, s'organisaient... Des groupes se constituaient partout qui multipliaient les réunions, les journaux, les actions de sensibilisation et souvent plus car on se découvrait une foule de complémentarités et d'affinités. Dans ces années d'énergie et d'espoir, nous tentions de conjuguer nos colères et nos amours pour renvoyer le système contre nature dans l'enfer d'où il n'aurait jamais dû sortir. Et cela marchait. Les consciences progressaient en se frottant les unes aux autres et les comportements changeaient, s'efforçant de renouer avec la vie. Une évolution générale semblait commencée.
Maintenant, beaucoup d'avertissements sont lancés comme des appels à la responsabilité des "dirigeants", toujours dans l'optique d'un haut accessible à la logique de l'intérêt général, compétent et surdoué – comme le prince des contes et des comédies d'autrefois. Très différente était la démarche du mouvement écologiste et des autres courants du mouvement alternatif. Ils développaient l'analyse des causes de la destruction des sociétés et de la nature jusqu'à la dénonciation et à la condamnation de la culture et des structures dominantes. Guidés par la reconnaissance de la complémentarité des espèces et des êtres, ils ranimaient la logique et la pratique démocratiques depuis très longtemps falsifiés par les partis et les institutions. Ils constituaient la réponse à la carence des organisations syndicales et politiques qui ne faisaient que reproduire inlassablement les causes de la crise. Incroyablement, celles-ci semblaient indifférentes, insensibles, inaccessibles. Toutes tournaient le dos à la nature, au vivant. Aucune , même celles qui disaient vouloir pourfendre le capitalisme, ne remettait en cause la capitalisation du pouvoir. Les courants du mouvement alternatif portaient donc des solutions nouvelles, en tout cas ouvraient des voies pour reconstruire une civilisation harmonieusement intégrée à la biosphère. Parlons de façon tout à fait claire : les différents courants du mouvement alternatif - ou, si l'on préfère, de la nouvelle gauche - proposait les bases de la voie alternative à toutes les agressions contre le bien commun qui ont été ardemment développées depuis, et que la plupart dénoncent maintenant, y compris nombre de leurs promoteurs.
Civilisation ? En effet, les écologistes disaient déjà tout de l'importance de l'enjeu. La remise en cause ne concernait pas seulement une technique ou deux, des processus industriels, quelques mauvaises habitudes... Elle embrassait toute la technologie, toute l'économie, l'organisation politique et, en premier lieu, le regard que nous portons sur les choses : la culture de référence et la philosophie. Toute la civilisation, en somme. Porteurs d'une vision d’ensemble cohérente qui préfigurait l'évolution qu'il est plus que jamais nécessaire de réaliser, les écologistes étaient alternatifs. Ils proposaient une révision radicale des critères d'appréciation propres au système dominant. Les "élites" du système et leur discours démagogique s'en trouvaient dévalués. Clairement, la culture alternative du mouvement écologiste contrariait exactement l'effort propagandiste et la structuration de la nouvelle conquête capitaliste qui allait bientôt être baptisée "mondialisation". Elle en était l'antidote.

Après le questionnaire écologiste aux candidats aux législatives de 1973, l'article paru dans Le Courrier de la Baleine (bulletin des Amis de la Terre)
Et puis, très vite, tout a dérivé. Des écologistes n'ont plus juré que par l'électoralisme, et les luttes pour la prise du pouvoir, affadissant radicalement l'alternative, stérilisant la dynamique du mouvement, en rentrant dans le système dominant. Mais peut-être ces "écologistes" en avaient-ils toujours fait partie...Car, comment tant d'enthousiasme et d'empathie, comment tant de révolte, comment tant d'inventivité ont-ils pu s'évanouir si vite ? Comment n'ont-ils laissé qu'un souvenir confus d'où l'essentiel est généralement absent ? Et pourquoi des "chercheurs" et des "journalistes d'investigation" écrivent-ils tant de sornettes ? Pourquoi perdent-ils, tout à coup, la curiosité, la rigueur et la parole quand on leur propose de l'information, du témoignage, des documents ?
La dérive était trop rapide. Et surtout, elle correspondait à de bien étranges manoeuvres. Les oublis et les inventions des historiens "scientifiques" officiels révèlent en creux ce qui s'est réellement passé.
La culture écologiste et le projet alternatif étaient évidemment beaucoup trop pour le système dominant. Trop ancré dans la vie, trop renversant, trop révolutionnaire. Alors, les dominants firent tout ce qu'il fallait pour affaiblir les différents courants du mouvement et noyer leurs analyses, leurs informations et propositions sous un redoublement de la propagande et quelques autres manipulations encore méconnues aujourd'hui.
La vague de conscience déclenchée au début des années soixante n'a duré qu'une quinzaine d'années. Nous avions légèrement sous-estimé la réactivité et la capacité d'adaptation du monstre. A dire vrai, nous ignorions surtout la majeure partie de ses stratégies. Et pour cause, nous ne savions rien des réseaux mondiaux du capitalisme, des néo-libéraux, de leurs manoeuvres d'infiltration, de contournement, d'étouffement des expressions non conformes à la règle de la domination, de substitution aux expressions sociales et politiques, etc. D'ailleurs, une quarantaine d'années plus tard, nous en sommes encore au stade de la découverte de l'étendue de cette machine de guerre et de ses stratégies. C'est donc dans une complète ignorance que nous allions expérimenter leur efficacité.
Au total, si le flot des contestations a vraiment fait évoluer quelque chose, ce sont surtout les techniques de la récupération/manipulation, du détournement des mouvements sociaux, de l'asservissement et de l’exploitation - d’ailleurs avec l’aide très professionnelle de simili-révoltés n'ayant, quoiqu'il ait pu en sembler aux inattentifs, jamais rompu avec la domination, ni avec ses intérêts (1 bis). Une fois étouffés les grands mouvements de la révolte, de la critique et de la proposition, le système n’a retenu que la stimulation de la menace. Il y a bien eu quelques aménagements, et même de récentes évolutions sympathiques exhumées de ces années-là (2), mais rien n'a changé quant aux orientations essentielles. Strictement rien.
Aujourd’hui, après un défilé de gouvernements au service de tous mais pratiquant consciencieusement la politique du pire, la situation est à la hauteur de ce que redoutaient les écologistes d'hier. Partout, des fanatiques avides, purs rejetons de la culture dominante, s'attaquent à la complexité du vivant avec les moyens surpuissants procurés par la concentration capitaliste du pouvoir et de l'argent, les produits de la spoliation des biens communs. Du fait de l'augmentation en nombre et en étendue des agressions, et de leur synergie, encore amplifiée par la poursuite de la croissance démographique, avec pour effet symétrique l'affaiblissement de la biosphère, l'espérance de vie des formes les plus évoluées est menacée à très court terme par l’emballement des processus mortifères.
Le tournant des années soixante-dix/quatre-vingt a été marqué par un événement dramatique d'ampleur planétaire : les capacités de régénération de la vie terrestre ont été dépassées à ce moment. Autrement dit, à bout de résistance, la biosphère a basculé vers la mort. C'est dans une inconscience grandissante que le point de rupture a été franchi. Pourtant, les manifestations annonciatrices du phénomène étaient visibles partout depuis longtemps, ne serait-ce que l'explosion de la laideur – celle-ci étant proportionnelle à la destruction écologique et sociale. C'est, d'ailleurs, la perception du phénomène qui a fait, partout, lever le mouvement écologiste et l'ensemble de la nouvelle gauche alternative. Sans que nous comprenions bien d'où venait le péril, c'est la mutation qui commençait à produire les destructions massives, que nous avons peine à dénombrer aujourd'hui, qui nous a poussés à donner l'alarme et à chercher les explications et les alternatives. Malheureusement... On estime couramment que la crise biosphérique créée par la civilisation industrielle et le capitalisme de "conquête des marchés" fait actuellement disparaître 100 espèces par jour, sans aucune compensation à la mesure du phénomène. Même dans nos campagnes, la biodiversité a été laminée. Quand on réalise que la planète d'il y a 50 ans seulement pourrait presque passer pour un paradis en comparaison avec le désastre écologique et social actuel...

Fin des années soixante-dix, début des années quatre-vingt… Pour comble, le basculement s’est opéré au moment même où les mouvements proposant les adaptations indispensables pour sauver la planète étaient étouffés par la réaction, dans la confusion des valeurs et des identités. Depuis, l'humanité a perdu le temps de deux générations. Beaucoup plus, en fait, car si la dynamique alternative lancée dans les années soixante avait pu faire espérer un changement et l'amorce d'une restauration sociale et écologique, c'est son effondrement provoqué qui a permis le développement d'une dynamique de destruction plus puissante que tout ce qui avait précédé ; une dynamique d'autant plus puissante, justement, que l'espoir et l'enthousiasme, donc la capacité de résistance et de création, ont été assassinés avec les mouvements alternatifs. Le seuil critique a été franchi d’un cœur léger en plein essor de "l'ultra-libéralisme", ou "mondialisation". Depuis, l'accélération des processus de destruction est continue. Nous sommes en chute libre, tout bonnement.
En pleine délitescence des systèmes vivants, les dominants nous emportent, pied au plancher, vers le bouquet final avec d'autant plus d'efficacité que l'aveuglement semble être devenue une règle de vie pour beaucoup (3). Contrairement à ce qui s'était dessiné dans les années soixante et soixante-dix, beaucoup se sont, en effet, abandonnés aux consommations et aux comportements les plus destructeurs, stimulant à leur tour l'emballement de la mégamachine infernale.
Après une trentaine d'années de régression de la pensée critique, de la philosophie politique et des perspectives d'évolution, nous voilà très loin de la conscience des problèmes planétaires qui réduisent les possibilités de survie décente, très loin de la conscience de la finitude de la biosphère, très loin de la conscience du dépassement des limites (pourtant déjà loin derrière nous). Il semble même que la plupart ne se soient pas rendus compte de l'énormité des destructions commises depuis l'étouffement du mouvement révolutionnaire mondial qui voulait éviter ce désastre. Pour ceux, nombreux dans la société médiatisée, qui ont aidé à ce crime historique, c'est compréhensible. Mais, les autres... C'est d'autant plus curieux que l'information disponible sur tous ces phénomènes est, maintenant, incomparablement plus accessible qu'au temps de l'essor du mouvement écologiste. Quoique... Quand, par exemple, il s'agit de la perception de l'automobile et de l'avion, deux des moyens les plus efficaces de destruction de la biosphère (quand bien même seraient-ils "propres"), on a souvent le sentiment que toutes les informations et les analyses ont été oubliées. Le même constat peut être fait pour d’autres consommations et fonctionnements courants dont la nuisibilité n’est plus à démontrer. Comme si, cette fois, l'information ne pouvait réveiller une sensibilité éteinte et engendrer la conscience.
On s’étonne parfois que les nouvelles générations semblent si peu critiques. Mais peuvent-elles avoir le même recul par rapport à la destruction de ce qu'elles ont peu ou pas connu ? En France particulièrement, elles n'ont pas vécu la phase la plus dure des grands bouleversements économiques et sociaux, sans aucun doute les années soixante où nous avons vu s'esquisser le monde immonde taillé à grands coups par les partis de la guerre contre la vie directement inspirés par la culture anti-nature. Peut-être sont-elles moins indifférentes qu'accablées par le cauchemar qu'elles découvrent et démoralisées par la certitude de son aggravation. Comme la plupart d'entre nous, d'ailleurs. Mais, fi des détournements d’attention sur ceux qui n’en peuvent mais, les premiers responsables ne sont pas les derniers venus !
Une meilleure piste s’ouvre quand on se demande si, en dépit de son abondance, l’information sur les crises planétaires est vraiment connue de tous ? Etrangement, non. Beaucoup ne la connaissent pas et refusent de la connaître quand on la leur présente. Surtout ceux qui se pensent autorisés à dominer les autres et à "gérer" leurs affaires. Elle dérange trop leurs habitudes pour provoquer chez eux autre chose qu’une plus grande fermeture.
Entre toutes, une chose a beaucoup changée par rapport aux années soixante et soixante-dix. Cette chose, c'est le développement du sentiment d'impuissance devant le monstre. Les mouvements d'hier étaient pénétrés de la conviction qu'ils allaient réussir à changer la civilisation. Leur effondrement a été suivi d'une dépression collective dont l'onde de choc nous parcoure encore. Trop d'efforts gâchés, trop de déceptions, trop de trahisons. Autant le peuple des années soixante et soixante-dix était encore assez fort, assez libre et capable de s'exprimer pour croire en ses capacités d'influer sur la marche de la civilisation, autant les masses d'aujourd'hui, plus entravées et dépendantes que jamais dans les rets du capitalisme ultra, ne croient plus en rien, surtout plus en elles-mêmes. C'est ce qui fait la force du système destructeur. Le seul à garder le moral !
En même temps, il y a, à nouveau, beaucoup de projets et de développements alternatifs. Beaucoup de bonnes volontés sont mobilisées. Mais tout est dispersé, donc extrêmement vulnérable aux manipulations qui se poursuivent. Surtout du fait de l'ignorance de celles-ci. Il manque une cohérence et une solidarité. Ce sont celles de la contre-culture et du projet partagés que développent ensemble la connaissance non-mécaniste du vivant et la connaissance de l'histoire de la domination contemporaine. C'est l'objet de cette recherche.
Alain-Claude Burgevin-Galtié
Notes :
(1) "nouvelle gauche" que je précise en ajoutant "alternative", pour éviter toute ambiguïté avec les appellations partisanes et les tentatives de récupération, toutes viscéralement hostiles à l'alternative ; et souvent à l'esprit même de la gauche d'autrefois.
Cette nouvelle gauche alternative n'a évidemment aucun rapport avec un courant socialiste français de la fin des années cinquante. Même mise en garde vis à vis d'un courant plus tardif qui allait donner naissance à la Fondation Saint Simon, une pure manipulation : la deuxième gauche. "La gauche" ayant dérivé loin du bien commun depuis longtemps - si longtemps ! - le nom n'est pas seulement un peu équivoque, il est insuffisant pour rappeler le soucis du bien commun planétaire propre à la nouvelle gauche alternative, son inspiration écologiste.
La nouvelle gauche alternative correspond à la "new left" anglo-saxonne (c'est la même émergence écologiste, la même révolte profonde devant la même agression).
Quelques sources :
sur le mouvement PROVO
http://www.rock6070.com/forum/viewtopic.php?f=5&t=8371
http://fr.wikipedia.org/wiki/Provo_(mouvement)
Gary Snyder
http://www.poetryfoundation.org/bio/gary-snyder
http://anarchiststudies.org/node/496
Snyder, Ginsberg et le boudhisme
http://www.shambhalasun.com/index.php?option=com_content&task=view&id=3254&Itemid=244
L'écologie profonde
http://en.wikipedia.org/wiki/Deep_ecology
Beat Generation
http://www.scoop.it/t/la-beat-generation?page=3
Beatnik
http://www.online-literature.com/periods/beat.php
http://paris70.free.fr/beatniks.htm
Hippie
http://en.wikipedia.org/wiki/Hippie
(1 bis) Précisément ceux-là auxquels leurs alter ego en reniement et carriérisme émollient nichés dans les media attribuent tout le mouvement social de l’époque, ce qui s'en est suivi, et - allez, ne soyons pas avares ! - tout ce qui a précédé. Pour ce faire, le 68 français est couramment utilisé pour dissimuler l’étendue, la profondeur et la durée de la remise en cause en France comme ailleurs. Mais ce 68-là est si défiguré qu'on ne reconnaît pas le mouvement qui a commencé à parcourir le monde dans les années soixante. Et pour cause : il est couramment réduit à des courants estudiantins dirigés par les admirateurs des communismes totalitaires, mais souvent parfumés d'un zeste de cette liberté libérale* qui allait faire carrière. En guise de mouvement alternatif, on fait mieux ! Même un esprit aussi fin que Pierre Bourdieu a réduit 68 et la nouvelle gauche au gauchisme d'étudiants en revendication de statut liée à une origine sociale élevée. D'où vient un tel aveuglement ? Bourdieu n'a pas été le seul à ne prêter attention qu'aux étudiants gauchistes, les innombrables thuriféraires des dictateurs rouges de sang aussi. Ainsi, voit-on partout prospérer cette déformation. Par exemple : "(...) l'émergence de mouvements dénommés New Left (Nouvelle Gauche) dans les pays anglo-saxons, et désignés sous le terme de gauchisme ou extrême gauche en France et dans les pays européens." Et hop, tout le mouvement profondément révolutionnaire et sa contre-culture alternative, qui voulaient un changement de civilisation, sont gommés d'un coup ! Cette affirmation originale figure dès le début (page 20) d'un livre de Yaïr Auron : "Les juifs d'extrême gauche en Mai 68". Confusion ou manipulation ?
*surtout chez les maoïstes qui étaient aussi omniprésents que dissimulés.
Et les autres ? Ceux qui n'étaient ni étudiants ni sortis de la cuisse de Jupiter ? Ceux qui n'étaient pas des gauchistes, des mécanistes obnubilés par le pouvoir ? Ne comptent pas. Sont invisibles. Censurés. N'ont même pas droit à une existence intellectuelle (peut-être encore moins que politique). Surtout s'ils ne sont pas gauchistes d'opérette mais alternatifs, c'est à dire le coeur même de ce mouvement qui était bien écologiste et libertaire, libertaire parce qu'écologiste, n'est-ce pas ? Voilà qui est bien pratique pour occulter la culture qui ne doit rien aux origines sociales, au contraire : la culture induite par la reconnaissance du vivant. Cette omission du sujet principal est-elle une simple étourderie ? Due au même conditionnement que celui des étudiants ciblés par Bourdieu ? Doit-on l'attribuer à autre chose ? Des intérêts partagés ? Une solidarité de classe ? Un projet ?
Toujours est-il qu'en effet ces gauchistes vedettarisés étaient vraiment très fermés vis à vis de la crise écologique et des deux grandes contestations portées par le mouvement de ces années-là : l'analyse de la civilisation de consommation et de pollution, et la critique de la société hiérarchique qui accompagnait l'aspiration à la restauration de la démocratie. L'essentiel de leur modèle de civilisation ne différait guère de celui des capitalistes obnubilés par l'expansion : technologies dures, productivisme et domination. Ce qu'ils ont soutenu avec enthousiasme sitôt vautrés sur les strapontins du système.
(2) Par exemple, les bicyclettes en accès libre dans les villes. C'est une idée du mouvement Provo mise en pratique dès 1965 à Amsterdam : les "vélos blancs". Provo a beaucoup inspiré le mouvement écologiste français. Les "manifs à vélo" des premières années 1970 en sont un effet, de même que les vélos de La Rochelle un peu plus tard.
(3) On veillera à distinguer ce premier mouvement d'essence libertaire, holiste et communautaire, d'autres courants qui, depuis, se disent alternatifs tout en plagiant avec application les pires pratiques de la domination.
Voir sur Internet ou auprès du WWF le Rapport Planète Vivante 2004.
Juste une illustration : sur toute la planète, c’est une superficie de forêts primaires parfois équivalente à la moitié de la France qui disparaît maintenant chaque année, et une surface à peine moindre pour les terres cultivables, du fait de l'urbanisation, de la construction des réseaux pour automobiles et camions, et de la désertification résultant des mauvaises pratiques.
